Perchée là haut. Bras et jambes nues. Et ça faisait longtemps tiens. On voit tout d'ici. Et il fait nuit. Il fait toujours nuit. D'habitude c'est fatiguant mais là c'est plus joli. C'est moin gris d'un coup, plus lumineux. Les étoiles jonchent le sol. Pour de vrai, aussi loin que je peux voir. Y en a des jaunes et des bleues, des blanches et des rouges aussi, celles qui clignotent . Je suis un chat. Je peux tout faire, je garde l'équilibre. Je peux balancer mes jambes. De toute façon je les balance toujours, mes jambes. Sauf quand je peux pas. Alors je joue avec mes cheveux. Mais même quand je peux balancer mes jambes, je joue aussi avec mes cheveux. Je balance mes jambes donc. Mes jambes nues et glacée. Et c'est agréable. Je sais pas pourquoi j'étais pas revenue. C'est tout blanc, j'ai un peu peur en vrai. Faut éviter le regard d'enfant. Celui là vous le trouvez joli. Je sais que vous aimez l'observer, juste du coin de l'oeil, de peur de le faire fuir, de peur que reviennent les yeux noirs. Je vous sais. Mais c'est que vous remarquez pas comme il transperce de l'intérieur. Il transperce et il remue sans haine, juste comme ça. C'est un tendre rictus qui l'habite, l'enfant emerveillé. Et ça gicle de partout, ça en devient gerbant d'infantilisation captive. Alors faut pas le laisser au vent de ces jolies épines immaculées. C'est agréable à regarder, mais c'est pas beau à voir. Et puis voilà, elle coule dans ma nuque l'impudente. Contrainte, elle s'arrete un instant sur le bout de mes doigts. Mes main froides, ça change pas. Je sais pas si ça évolue. Surment, une pulsation de trop, une ivresse ardente déroutée en une subtile avidité. Quelques blessures, galvanisées d'un sourire de soulagement douloureux. Surment oui. Si je regarde en bas je veux tomber. J'ai jamais été de ceux qui aspirent à voler. Quel intéret sans l'évasion? Moi je veux tomber. Pas atterrir. Juste tomber. Alors je me contente de chanceler, un peu par habitude. J'ai oublié le temps. J'ai oublié parce que ça me caresse plus maintenant, plus comme ça fuse. C'est trop tard pour y penser. Penser justement. Ou regarder vaguement la fumée qui séleve après un frolement de velour sur ma langue. Préconisons le velour. Tout pour y échapper. N'importe quoi aussi. Mais y a comme une multitude d'infimes paniques gelées qui me lacères les bras.
Faudrait probablement songer à pas crever de froid.